Je me rattrape, une troisième partie beaucoup plus longue, avis aux amateurs.
Pas de musique avec.
Chapitre 1 [3eme partie] :
POV Valentine
_Hey miss !
L'un des quatre vient de m'appeler, je fais comme si je n'avais rien entendu. Je continue ma route et quitte le carrefour. Je pense que cette fois, personne ne me suivra... Même si leurs pas se posent dans les miens quelques mètres derrière. J'accélère légèrement avant de tourner pour aller à la gare. Je me précipite entre les portes et regarde derrière moi : personne. C'est bon, je suis dingue. La gare est bondée.
EllipseBientôt arrivée. La ville est déjà là ! C'est dans ces moments là où tu as envie de te perdre dans le train et ne jamais en sortir !
Bon c'est pas grave, je reprends mes habitudes et sors de la gare. Je papillonne des yeux pour reprendre mes esprits. Je crois que ma paranoïa me rattrapera toujours. Je soupire en pensant au lycée. Je marche d'un pas pressé vers la rue qui y mène, sans trop savoir pourquoi.
Narrateur externe
Valentine passe le portail et, sans jeter un regard aux autres, entre dans le bâtiment. Elle traverse le couloir interminable, regardant quelques fois les inscriptions sur les portes qu'elle dépasse ; « Français » « S.V.T » « Mathématiques » « Anglais »....
Elle prend les portes battantes et monte les escaliers. Elle croise quelques fois des personnes, seules ou accompagnées. Elle arrive à l'étage et suit le couloir jusqu'à la 6eme porte : la sienne. Elle entre dans sa chambre, ni contente ni triste de la retrouver. Elle pose ses bagages devant la petite commode. Elle se couche sur son lit et tripotant du bout de ses doigts la couette. Le bruit fait rage dans le couloir, tout le monde est très content de se retrouver après ces deux jours interminables pendant lesquels elles n'ont pas supporté de ne plus les voir. Mon Dieu, c'est vrai que passer deux jours sans la chose qui leur sert de petit copain c'est affreux ! Elles sont connes, ils sont cons, et bizarrement, ils s'entendent bien, ce qui n'arrange pas grand-chose. De toute façon, à chaque fois c'était la même chose : les dimanches soirs, tous le monde se retrouvait dans les couloirs, mais les autres jours, ils étaient vides. Aussi vide que la tête de cette Alexandra... Vous vous demandez qui est cette Alexandra ? Pour être claire, c'est sa pire ennemie. Valentine lui avait déjà bien souligné les conséquences si elle continuait de se moquer d'elle, et parfois elle n'avait pas hésité à la frapper pour lui faire comprendre, mais il faut croire que rien n'y fait.
Maintenant, quelqu'un frappe à sa porte, en insistant et ne s'arrête pas, bientôt accompagné de rires, c'est sûr c'est elle... Valentine se lève alors, il ne fallait pas la provoquer.
Elle ouvre la porte brutalement laissant le poing de la blonde en l'air, entouré de ceux de ses copines.
_Qu'est-ce que tu veux ? lui demande-t-elle sèchement.
Elle émet un rire plus que détestable avant de la regarder dans les yeux comme pour s'affirmer supérieure.
_Bah alors ! Qu'est-ce que tu viens foutre là ? Tu crois que j'ai vraiment envie de revoir ta sale tête de conne ? ajoute Valentine en haussant le ton et claque la porte au ras du nez d'Alexandra.
Il faut croire qu'elle a réussi à lui faire fermer son clapet. Elle se recouche sur son lit, maintenant énervée. Elle regarde le cadran à chiffres verts éblouissants et se contracte sur elle-même, en ramenant ses genoux sur sa poitrine toute en essayant de tuer ces chiffres... Dans quelques minutes, il faudra aller manger le repas du soir, et juste le fait de penser de manger dans une pièce, avec tout ce monde, se retrouver dans une foule de gens, l'apeure... mais ce n'est rien comparé au problème que personne ne l'aime dans cet endroit.
En vérité, personne ne l'aime un peu partout. Il faut croire que c'est son apparence de jeune fille malheureuse et fâchée qui doit faire peur ou autre chose. Elle n'a pas vraiment eu d'amis, ou alors des personnes un peu trop curieuses qui cherchent à percer son secret et faire jaillir la joie mais rien n'a fonctionné jusque là.
Il va encore falloir supporter leurs rires, leurs insultes, leurs regards.... Une vraie torture... Si seulement elle n'était pas obligée de manger, si seulement elle n'était pas dans cet internat, si seulement cette assistante sociale ne l'aurait pas transférée dans cet établissement, si seulement son père n'était pas si dingue et sa mère si droguée, si seulement elle était une fille sans histoire... Beaucoup trop de « si ». Rien n'est juste, rien n'aurait dû se passer de cette manière.
Surtout qu'ici, dans ce lycée, il n'y pratiquement qu'elle qui a de « vrais problèmes », les autres, comme Alexandra, sont là pour les études.
La colère la prenait de plus en plus. Pourquoi elle était là ! Qu'elle brûle en enfer...
POV Valentine
Je me lève enfin de mon lit, sans trop appuyer sur ma main bandée et sors de ma chambre en trombe, sans savoir où je vais. Déjà quelques personnes traversent le couloir vers la gauche, au réfectoire. Je l'ai déjà dit, je mangerai rien d'autre ce soir, je me dirige alors en sens inverse. J'attrape la capuche de mon pull, couvre ma tête avec et fonds mon visage dedans. Le couloir commence à vraiment se peupler maintenant. Hé merde ! Fallait qu'ils arrivent maintenant eux. A quelques mètres, la bande de gros durs. Je respire un bon coup, eux aussi se dirigent vers le self. Si je marche un peu plus vite, je pourrai passer par la porte des escaliers avant de les croiser, j'accélère donc le pas.
_Hé mais où tu vas comme ça le monstre ?
Un des mecs m'attrape par le bras alors que mes pieds se posent sur le pallier de la porte battante. Par reflexe, je secoue mon bras pour qu'il me lâche... mauvaise idée.
_Oh ! Tu te calmes !
Il me tire violemment et me plaque contre le mur du couloir. Je peux enfin voir qui est mon agresseur. Un peu plus grand que moi, la peau mate, des yeux dévastateurs. Je regarde ensuite le reste de la bande. L'un d'entre eux fait pratiquement 2 têtes de plus que moi, et je crois que c'est le mec le plus musclé du lycée. Un autre, brun, taille moyenne, une belle carrure aussi. Et un blond plutôt grand, un regard méfiant et à première vue, il parait dangereux.
_T'as entendu ce qu'il t'a dit ? Tu te calmes brunette ! dit le brun.
Je cesse tout mouvement, en espérant que ça leur suffira. Il faut croire que non. Mon regard s'affole sur le grand baraqué qui s'approche de moi.
_Tu sais, ça se fait pas d'ignorer les gens comme ça. C'est pas très poli ce qui tu fais hein ! S'il n'avait pas été là, tu serais partie sans nous dire bonjour c'est ça ? Nous on se fait une joie de te revoir, on n' avait plus notre petit jouet.
Toute la bande rit pendant que ma gorge se noue et que mes larmes menacent de tomber. Je veux me retenir, il ne faut pas, pas devant eux, pas maintenant. Maintenant tout est clair, si je bouge ou que je proteste, les choses se compliqueront, mais si je ne fais rien, peut être qu'ils me laisseront. Ce n'est pas le moment de fléchir.
_Hé gros ! Qu'est-ce qu'on lui fait cette fois ?
Le blond regarde intensément quelque part sur mon corps.
_Et si on finissait ce qu'on a commencé ? fit il en donnant un coup de menton dans l'air en direction de mon ventre.
Non, dites-moi que je rêve...
Le mec qui me tient depuis déjà 3 bonnes minutes baisse les yeux, retire une main de mon col avant d'attraper l'extrémité de mon pull et de le tirer vers le haut dans un geste rapide, laissant l'air froid frôler ma peau. Sans raisons aucune, moi-même, je regarde mon ventre pour y voir des bleus et quelques écorchures, encore douloureuses. Tous regardent leurs ½uvres comme si je n'étais pas là. L'un d'eux sourit, le blond.
Mon c½ur panique, et pourtant je reste calme, surement pas pour très longtemps. Je ne suis pas du genre à me laisser faire, même si je sais que maintenant, que je me débatte ou pas, le résultat serra toujours le même.
Je profite de ce moment d'inattention pour me défaire de l'emprise de mon agresseur et me frayer un chemin entre eux. Non, je ne suis pas plus calme, je suis même affolée, j'ai peur, très peur, mes pieds courent seuls. Les portes battantes se frappent entre elles derrière moi et je dévale quelques marches dans une course effrénée. Je jette un regard derrière moi, ils se sont tous retournés mais n'ont pas bougé. Je continue de descendre les escaliers dans une folie effrayante et sors dehors. Des fourmis me grimpent doucement dans les jambes, je crois n'avoir jamais couru aussi vite de ma vie. Après quelques bonnes minutes a essayer de me calmer, je marche vers le parc, plutôt l'herbe et les trois bancs, et je m'allonge de tout mon long sur l'étendue verte. Le ciel est blanc, à quelques endroits, tacheté de gris. Une petite brise caresse l'horizon. C'est peut être fini mais je ne suis pas tranquille, je sais que je les recroiserai un jour...
Ce n'est qu'une heure après que je décide de retourner dans ma chambre. Je sais d'avance que les couloirs sont vides, qu'ils sont tous au self. Je passe la porte des escaliers pour les monter, je suis presque sûre de voir mes traces de mains moites sur la rampe de tout à l'heure. Je traverse à pas lourds le couloir à rallonge et je me rends compte n'avoir pas pris la bonne porte... Je traverse donc tout le couloir, en passant devant toutes les portes. J'entends des rires d'hommes dans les toilettes de l'étage, je décide de ne pas faire de bruit en passant devant et de m'enfermer dans ma chambre, à tour de clé. La nuit s'est déjà annoncée et la pièce est sombre, ce qui ne me gêne pas le moins du monde. Je regarde ma valise avec satisfaction : ce week-end, je ne rentre pas, non pas que je n'ai pas le droit, juste que je n'ai aucune envie de les revoir, j'ai bien le droit non ?
J'ouvre donc le grand sac, puis l'armoire, qui n'a encore presque jamais servi, et place mes vêtements à l'intérieur, un grand sourire aux lèvres. Ici c'était le paradis par rapport à chez moi. Je mets le sac entre le mur et l'armoire avec l'idée de le laisser pourrir là pendant environ 2 semaines. Je m'allonge sur le lit calmement, me plongeant peu à peu dans mes pensées. Je repense à ma situation familiale.
Je crois que ça a commencé quand mon père a voulu balancer la télé sur Daniel. Lui, toujours grande gueule, a réussi à faire ouvrir une enquête sociale. Depuis, nous, mes frères, ma mère et quelques fois mon père, voyons des psychologues (même si je pense que mon père aurait besoin d'un psychiatre). On m'a transféré ici pour que je prenne du recul par rapport à ma famille et que, soit disant parlant «je prenne moins de baffes dans la gueule». Ce qui ne me déplait pas réellement, sauf que j'aimerais rester ici tous les jours de la semaine, passer Noël seule, ainsi que mon anniversaire, je crois que c'est un de mes rêves. Je sais que ce n'est pas très joyeux mais il n'y a que comme ça que je pourrai être heureuse. Pour l'instant ma demande est étudiée (mon Dieu que c'est long...) et la réponse devrait arriver dans la semaine. Il était temps... 2 mois que j'attends. Je sais ce que ça veux dire : devoir supporter cette connasse, cette bande de débiles, me faire insulter à longueur de temps, me faire taper, et tout ce qui va avec mais sans trop savoir pourquoi, je trouve cette vie moins pire que ce que je vis chez moi. Peut être parce que mes agresseurs, je ne les connais pas, je ne connais pas leurs vies, peut être parce que je sais qu'en eux ils n'y a que ça, que je ne les ai pas connus avant qu'ils deviennent violents et que pour moi, ils l'ont toujours été.
Quelqu'un frappe à ma porte, doucement mais fermement. Je me lève et vais ouvrir même si je n'aime pas être dérangée.
_Valentine ?
Je suis là depuis quelques mois et elle ne reconnaît toujours pas ma tête... C'est une surveillante, plutôt jeune, 20 ans même pas. Surement nouvelle cette année.
_Qu'est-ce qu'il y a ? Lui demandais-je en lui faisant comprendre que sa compagnie me déplait.
Elle regarde les fiches qu'elle tient, je ne sais pas si elle regarde quelque chose ou si elle baisse les yeux.
_Il parait que tu n'es pas venue manger ce soir.
_Vous êtes bien informée...
_Je peux savoir pourquoi ?
_Pourquoi je vous le dirais, ça me regarde.
_Il nous faut une raison pour calculer le nombre de repas que tu prends ici, que nous listons sur la facture que nous envoyons à tes parents.
_Vous avez qu'à mettre que je suis malade. Apparemment la raison sert à rien, c'est juste pour meubler le courrier pour ne pas rendre une feuille presque blanche.
_Détrompes-toi, si tu es malade, le proviseur demande que l'élève aille voir l'infirmière.
_Je me sens mieux, ok ? Mais c'est pas vrai c'est un interrogatoire de police ou quoi ? On fait plus attention à ce que je mange plutôt qu'aux coups qu'on me porte. La santé, elle est pas qu'à l'intérieur ! Mais évidemment, puisque ça ne vous rapporte pas d'argent, vous vous en foutez hein !
_Hé oh calme-toi je t'en prie ! dit-elle dans un haussement de ton.
Je ne lui laisse pas dire autre chose, je ferme la porte sans trop la claquer et tourne la clé. Je pense qu'elle a compris.
Je me dirige vers ma fenêtre après avoir donné un coup de pied dans la porte. Je l'ouvre et m'assois, les pieds dans le vide. Je respire un bon coup, faisant entrer l'air froid du soir dans mes poumons.
Un peu plus d'un an et demi que je suis dans cet internat et rien n'a changé, vraiment rien.
J'ai une vue sur le parc. L'herbe est devenue vert foncé et les arbres noirs. La nuit va être très sombre, c'est une nuit sans lune. Je regarde en bas et machinalement mes mains s'accrochent au rebord de la fenêtre. Au final je suis comme tout le monde, je suis normale. Mes pieds se balancent dans le vide, comme tout le monde. Mes ongles griffent la pierre. Mon regard se perd dans l'horizon. Je me sens légère.
EllipseDans un cri, je me réveille, en passant de coucher à assise. Je n'ai pas tout compris... ou peut être trop bien compris. Mon souffle s'est accéléré ainsi que mon c½ur. Je reste une bonne minute, sur le cul de ce qui vient de se passer, le regard vide et les pensées rassemblées en un point. Je me retourne d'un quart de tour pour me recoucher et en profite pour regarder l'heure. La lumière et bien trop lumineuse et je suis obligée de plisser les yeux pour déchiffrer. A peine une heure. Je pousse un long soupir et me laisse lamentablement tomber sur le matelas. Je n'arrive jamais à me rendormir. Déjà plusieurs nuits que je me réveille en sursaut comme ça, au beau milieu de la nuit. Toujours le même rêve. Cauchemar plutôt, je suis couchée dans ce lit, du moins je suppose que c'est le mien, il est superposé. Je vois la scène du milieu de la pièce. Quelqu'un entre, avec un grand couteau, dans ma chambre et s'apprête à me tuer après m'avoir chuchoté « Bonne nuit ». C'est très intriguant. Comment vous voulez que j'arrive à me rendormir en me posant tant de questions ? Je ne rêve que d'une chose : un sommeil profond pendant une nuit entière. Ce qui n'est pas gagné d'avance, je le sais.
Ellipse [Au matin...]Je regarde le soleil envahir la pièce. Quel ennui. J'ai presque pas dormi de la nuit et maintenant il faut que je me lève. C'est vraiment injuste, quoique pas tellement. Cette semaine je n'ai aucun cours car... en vérité j'en sais vraiment rien, je m'en fiche et ça m'arrange.
J'en ai marre d'être dans ces draps trop chaud. Je me lève donc et prends ma trousse de toilette ainsi que des vêtements et entre dans ma salle de bain.
J'allonge une dernière couche de mascara sur mes cils, repasse la brosse dans mes cheveux, je suis prête, pour quoi au juste ? Aucune idée. Je ne me fais belle pour personne, juste pour moi. On frappe à ma porte. J'ouvre de grands yeux étonnés et sors de la salle de bain en regardant le réveil. J'ai l'impression soudainement d'avoir pris quelques années et je ris dans un « Mais ! Qui peut bien frapper à cette heure ? ». Oui je rigole toute seule. Pourquoi ça vous choque ? Je me décide d'ouvrir avant que la personne défonce la porte.
_Valentine ?
Je pousse un soupir. Bientôt il faudra mettre une plaquette sur ma porte « Valentine » pour faire comprendre à cette dinde que je ne m'appelle pas Brigitte !
_Oui ? Finis-je par répondre en ravalant ma colère.
_Je crois que tu es au courant que tu n'as pas cours cette semaine par...
Je la coupe en milieu de phrase par un soupir qui veut en dire long accompagné d'un oui las.
_Oui, tu es au courant.
Un petit temps
_Oh ! Et... Si j'ai bien compris les informations. Il se pourrait que tu accueilles quelqu'un dans ta chambre. Mais ce que je ne comprends pas c'est qu'il s'agit d'un garçon.
_De quoi ? C'est quoi ce bordel ? J'ai rien demandé moi ! Et pis, pourquoi un mec, vous ne croyez pas que je m'en farcis assez dans les couloirs. Alors si en plus je dois dormir dans la même chambre qu'un de ces gros durs, c'est même pas la peine ! Et puis, j'ai une vie privée merde ! Les dortoirs doivent être séparés nan ?
Je la vois se lasser de mes paroles et je me tais pour lui accorder une once de respect, histoire qu'elle donne d'autres informations.
_Je sais ce n'est pas juste. Ce n'est encore qu'un projet. Je vais me renseigner pour toi si tu veux, ça t'évitera de sortir de ta chambre comme ça.
Je n'en reviens pas. Comment sait-elle ? Comment peut-elle savoir que je n'aime pas en sortir ? Je reste bouche bée. Elle m'adresse un sourire gentil, auquel je réponds, ce qui me surprend moi-même.
_J'en sais sûrement plus sur toi que tu ne le crois Valentine.
Et elle part. Elle me laisse comme ça, la main gauche tenant la porte grande ouvert, la mâchoire jusqu'au sol. Je crois n'avoir pas tout compris là. Je daigne enfin fermer la porte et je secoue la tête comme un chien. Une question me tournicote dans la tête soudainement : Si elle sait, pourquoi elle ne fait rien ?
Puis me prends une soudaine envie de me mettre une claque, je ne la respecte pas, je la traite comme la dernière des merdes alors pourquoi elle m'aiderait ? Je suis parfois d'une certaine débilité qui ne mériterait pas d'exister. Pourquoi je ne m'en étais pas rendu compte avant ?
Je fais des tours dans ma chambre, me détestant un peu plus à chaque pas. Je me décide enfin à attraper mon lecteur MP3. Je visse les écouteurs sur mes oreilles et le mets en marche. Je tâte l'embout USB et me demande toujours où peut être ce capuchon. Je sais que cette chanson est « vieille » - disons qu'elle ne vient pas de sortir- mais j'aimerais bien vous y voir vous : enfermée dans cet internat qui me sert de foyer, avec aucun point de ravitaillement MP3. Bref, pour vous dire, j'écoute « Shut up » de Simple plan.
Rien à faire, cette nouvelle me tourne dans la tête, il faut que je sache, et tout de suite. J'éteins mon MP3 quand la chanson se termine et sors de ma chambre d'un pas pressé. Je prie pour ne croiser personne. Je descends les marches et traverse le couloir jusqu'à la salle des surveillants. Je frappe avant d'ouvrir la porte, sans attendre de réponse.
_Alors ? C'est qui ce mec ?
Les deux femmes tournent la tête vers moi ainsi que le type. Celui-ci me dit :
_Avant on voudrait t'expliquer. Dans ta chambre, tu es seule et tu pourrais accueillir quelqu'un. Seulement, il s'avère qu'il s'agit d'un garçon, ce qui pose un problème. Pour l'instant, nous n'avons pas d'autres choix que de le placer dans ta chambre, le temps de lui trouver une chambre.
_Parce que c'est un nouveau ?
_Oui.
_Oh bah super, va falloir lui expliquer des millions de trucs à ne pas faire... J'aurais limite préféré que vous transfériez Alexandra dans ma chambre plutôt que ce Bambi.
_Ca peut se faire.
J'écarquille les yeux, montrant que c'était de l'ironie que pour rien au monde je laisserai cette gourdasse mettre un pied dans ma chambre.
_Evidemment que non. Mais ce serait possible. Avec de la chance, vous vous entretuerez et ça fera de la place.
_J'adore votre philosophie, lui répondis-je en haussant un sourcil.
Il sourit avant de se replonger dans ses fiches bourrées de chiffres.
_Et... Il arrive quand Bambi ?
_Aujourd'hui.
_Aujour.... Hein ? Mais... Pourquoi vous ne me l'avez pas dit plutôt ? Ca me regarde ça ! Je m'exclame alarmée.
_Crois-moi, si on l'avait su avant, il ne serait pas dans ta chambre.
Je soupire.
_Et quand aujourd'hui ?
_On ne sait pas. Aujourd'hui.
Bah dit donc, il m'avance.
Je fais une moue et murmure un « bonne journée » avant de fermer la porte. Je traine des pieds dans le couloir. Je passe les portes battantes. Quelqu'un m'attrape par le bras et me tire violemment contre le mur. Mon dos plaqué contre, j'ai mal. Mes yeux sont fermés, surement de peur. Un souffle effleure mon cou pendant qu'une main tire mes cheveux en arrière.
_Alors... Comme ça on part sans dire au revoir ?
Mes paupières s'ouvrent automatiquement et mes pupilles se contractent. Je le vois, je les vois. Je ne veux pas. Non pas cette fois, je les supplierai s'il le faut. Mais ils ont l'air décidés. Je ne vais pas m'en sortir si facilement. Le blond me tient et les autres bouchent le passage. Que va-t-il se passer cette fois ? Le grand baraqué s'approche, mes jambes tremblent.
_Tu sais qu'on aime la politesse, hein ? Et maintenant je pense qu'on va te l'apprendre, parce que ça n'a pas l'air de rentrer dans ta petite tête ça, dit-il en me frappant légèrement la tête, puis plus fort, en claques.
Je baisse la tête et des mèches ébènes se placent devant mon visage. Je lève les yeux vers le blond, son regard ne dit rien de bon, j'ai peur. Mon visage est crispé. Mon c½ur va éclater. Il affiche un sourire dangereux. Je manque de tomber dans les pommes. Il resserre son étreinte et me tire vers les marches, suivent les autres, direction les chambres.